Le «War Requiem» de Benjamin Britten
La réconciliation : telle est l’idée fondamentale du «War Requiem» de Britten. Lors de la création dans la cathédrale de Coventry, ravagée par la guerre, les parties solistes devaient être interprétées par une Russe, un Allemand et un Anglais. Le fait qu’un chef d’orchestre japonais dirige aujourd’hui cet orchestre de renommée mondiale, originaire de la ville voisine de Birmingham, s’inscrit parfaitement dans cette perspective. D'ailleurs, l'appel à la paix lancé par Britten en 1962 n'a rien perdu de son urgence.
Fleuron musical du centre de l'Angleterre, le City of Birmingham Symphony Orchestra (CBSO) se veut «fort et fier» sur la scène musicale britannique et internationale. Depuis son concert inaugural dirigé en 1920 par Sir Edward Elgar, la formation n'a cessé d'étendre un rayonnement qui s'est confirmé dès les années 1980 sous la conduite de Sir Simon Rattle puis de ses successeurs Sakari Oramo, Andris Nelsons et Mirga Gražinytė-Tyla. À la tête du CBSO de 2016 à 2022, cette dernière est maintenant artiste associée de l'orchestre. Le CBSO fait partie d'une grande «famille musicale» qui comprend aussi plusieurs chœurs et un orchestre de jeunes. Cette communauté artistique propose un large éventail d'activités allant de concerts symphoniques à des ateliers pour les enfants en passant par des projets communautaires de quartier.
Fondé au XIVe siècle, le Choir of Trinity College Cambridge est l’une des formations chorales les plus prestigieuses au monde. Composé d’une trentaine d’étudiants-chanteurs et de deux organistes du Trinity College, l’ensemble assure, pendant l’année académique, les offices dans la chapelle du collège. Cette tradition, longtemps exclusivement masculine, s’est ouverte aux voix féminines dans les années 1980 sous la direction de Richard Marlow. Depuis janvier 2024, Steven Grahl assure la direction musicale. Pionnier dans la diffusion numérique, le chœur a instauré un programme de retransmission en direct de ses offices. Il se produit également sur les scènes internationales lors de ses tournées et a collaboré à ce titre avec des ensembles de renom tels que The Orchestra of the Age of Enlightenment.
Formé à l'Université des Arts de Tokyo, Kazuki Yamada a fait sa percée internationale en 2009 en remportant le Concours de jeunes chefs d'orchestre de Besançon. Sa carrière s'est dès lors développée tant au Japon qu'à travers l'Europe et les États-Unis. Entre 2010 et 2017, il était chef invité principal de l'Orchestre de la Suisse Romande. Directeur musical du CBSO depuis 2024, Yamada est également à la tête de l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo depuis 2016. À partir de la saison 2026-27, il occupe le poste de chef attitré du Deutsches Symphonie-Orchester Berlin. Le temps passé auprès de Seiji Ozawa a conduit le chef nippon à apprécier l'importance du «sentiment japonais pour la musique classique». Depuis 2010, il participe régulièrement au Seiji Ozawa International Academy, organisée chaque année en Suisse.
« La bellezza del canto » : tel était le titre du premier album d’Olga Peretyatko, et ce titre en dit long. Avec sa voix claire et polyvalente, cette native de Saint-Pétersbourg est considérée comme l’une des sopranos les plus sollicitées au monde. Elle s’est fait connaître en 2007 à Paris en remportant le 2e prix du concours Operalia organisé par Plácido Domingo. Après avoir fait ses armes à Hambourg, Berlin, Vérone et Pesaro, elle a attiré l'attention du Met de New York, où elle a interprété le rôle d'Elvira dans «I puritani» de Bellini. Les opéras italiens tiennent particulièrement à cœur à Peretyatko, mais ses enregistrements comprennent également des airs de Mozart et du répertoire russe. Et son nouveau projet consacré aux berceuses inscrit la musique dans un contexte encore plus large : « pour la liberté, pour la beauté, pour l’amour et pour la paix » – une attitude qui lui a valu le Prix européen de la culture en 2025.
Le baryton-basse allemand Christian Gerhaher a mené de front des études de médecine et de chant à Munich, avant de se perfectionner auprès de Dietrich Fischer-Dieskau et Elisabeth Schwarzkopf. Il s’est imposé comme l’un des interprètes majeurs du Lied, formant depuis plus de trente ans un duo privilégié avec le pianiste Gerold Huber, avec lequel il interprète notamment des cycles de Schubert, Schumann et Mahler. Il est également un artiste très demandé dans le registre de l’opéra. Son interprétation de Wozzeck à Zurich en 2015 est considérée comme une étape marquante de sa carrière lyrique, qui s’est déployée sur les grandes scènes internationales. En Suisse, il s’est également produit au Lucerne Festival et au Grand Théâtre de Genève. Christian Gerhaher enseigne l’interprétation du Lied à Munich.
Le ténor britannique Andrew Staples a débuté son parcours musical comme choriste à la cathédrale Saint-Paul de Londres. Il a par la suite étudié au King’s College de Cambridge, au Royal College of Music et au Benjamin Britten International Opera School, où il a fait ses premières expériences scéniques. Sa carrière s’est dès lors poursuivie tant dans le registre lyrique que le répertoire concertant. Il est l’invité des plus grandes maisons d’opéra comme Covent Garden à Londres, le Théâtre National de Prague, La Monnaie de Bruxelles, le Theater an der Wien ou le Met de New York. Sur la scène de concert, il se produit régulièrement avec des chefs renommés comme Sir Simon Rattle ou Daniel Harding. Andrew Staples s’adonne aussi à la mise en scène d’opéra, aux films musicaux et à la photographie.
En 1962, la cathédrale de Coventry – détruite par les bombardements nazis en 1940 – rouvre ses portes dans un élan de réconciliation et de paix. Pour célébrer cet événement, Benjamin Britten reçoit une commande qui va lui permettre d'exprimer ce qui lui tient le plus à cœur : un pacifisme viscéral, assumé dès la Seconde Guerre mondiale lorsqu'il refusa de porter les armes.
Le «War Requiem» qu’il produit pour cette occasion est une œuvre monumentale qui entremêle deux univers sonores distincts. Britten a associé la liturgie latine traditionnelle de la messe des morts – confiée à l'orchestre, au chœur et à la soprano – à des poèmes bouleversants de Wilfred Owen, jeune soldat britannique mort dans les tranchées juste avant l’armistice de 1918, qui sont chantés par le ténor et le baryton avec un orchestre de chambre.
Pour la création, le compositeur avait pensé pousser plus loin encore le message en confiant les rôles solistes à trois ressortissants de nations ennemies : un Anglais, un Allemand et une Russe. Le ténor Peter Pears et le baryton Dietrich Fischer-Dieskau n’ont finalement pas pu partager la scène avec Galina Vichnevskaïa à Coventry, mais ce trio s’est retrouvé pour le célèbre enregistrement de l’œuvre qui a suivi peu après. Acclamé dès sa création, le «War Requiem» s'impose aujourd'hui comme l'un des chefs-d'œuvre absolus du XXe siècle et reste d’une brûlante actualité.