Trois concertos pour piano de Beethoven
Trois concertos de Beethoven en une soirée: voilà un défi auquel peu d’interprètes se mesurent ! Kirill Gerstein – pianiste exceptionnel à l’insatiable curiosité musicale – s’associe au remarquable Chamber Orchestra of Europe pour cette trilogie qui révèle tout le génie du maître de Bonn. Du classique Deuxième concerto à « l’Empereur » majestueux, en passant par le tragique Concerto N° 3, ce concert est une plongée dans l’âme beethovénienne.
Le Chamber Orchestra of Europe (COE) a été créé en 1981 par d'anciens membres de l'Orchestre des Jeunes de la Communauté Européenne désireux de poursuivre ensemble une expérience orchestrale de haut niveau. La soixantaine de membres sont par ailleurs des solistes confirmés, d'éminents musiciens de chambre ou des chefs de pupitres d'orchestres de renom. Dès ses débuts, l'ensemble a entretenu des relations privilégiées avec Claudio Abbado et Nikolaus Harnoncourt. Aujourd'hui, il joue sous la direction de ses membres honoraires Yannick Nézet-Séguin, Sir Antonio Pappano, Sir Simon Rattle, Sir András Schiff et Robin Ticciati. Il est orchestre en résidence au Château Esterházy à Eisenstadt et du Casals Forum à Kronberg depuis 2022. Depuis 2009, le COE anime une académie orchestrale accueillant des étudiants particulièrement doués.
Le pianiste d'origine russe Kirill Gerstein a reçu une éducation musicale classique dans une école réservée aux enfants talentueux et a appris le jazz en autodidacte en écoutant les disques de ses parents. Venu aux États-Unis à l'âge de 14 ans, il a poursuivi sa formation de pianiste jazz au Berklee College de Boston, tout en se perfectionnant dans le registre classique, auquel il a finalement décidé de se consacrer. Après son Master à New York, il a suivi l'enseignement de Dmitri Bashkirov à Madrid et Ferenc Rados à Budapest. Sollicité par les orchestres les plus réputés, il aborde à la fois Bach, Adès et le cabaret berlinois. Son album « Music in Time of War » (2024) réunit Debussy et Komitas. Professeur à Berlin, il enseigne aussi à la Kronberg Academy. L’Orchestre de la Tonhalle de Zurich l’a accueilli comme Focus Artist durant la saison 2025-26.
Faussement numéroté Concerto N° 2, l’op. 19 est en réalité le premier des cinq concertos pour piano de Beethoven. Sa conception remonte à l’adolescence du compositeur, mais c’est à Vienne qu’il en donna la première audition publique, en mars 1795. Le compositeur a ensuite retravaillé l’ouvrage avant de l’envoyer à son éditeur en 1801 seulement. Un style galant encore proche de Mozart sous-tend ce concerto, qui possède néanmoins des atouts notables : le jeu d’oppositions entre les thèmes du premier mouvement, le lyrisme du morceau central, et la vivacité du finale, qui évoque l’esprit des danses populaires.
Les deux premières symphonies, un oratorio (Le Christ au Mont des oliviers) et le Concerto pour piano N° 3 : c’est le copieux programme proposé par Beethoven au public viennois lors de son concert-marathon du 5 avril 1803. La création du concerto a valu des sueurs froides au tourneur de pages : Beethoven n’avait noté que quelques « gribouillis » dans la partition et a joué sa partie de mémoire. Comparée aux deux premiers concertos pour piano, cette troisième œuvre concertante du Maître de Bonn marque une évolution dans l’équilibre instrumental entre le soliste et l’orchestre, qui sont enfin traités en véritables partenaires.
Le surnom L’Empereur n’est pas de Beethoven, mais bien plutôt d’un éditeur. Le compositeur s’était contenté d’appeler « Grand Concerto » sa dernière œuvre concertante, achevée en 1809. Il ne l’a d’ailleurs guère entendue, puisqu’il était déjà très atteint par la surdité au moment de la création, en 1811 au Gewandhaus de Leipzig. Les critiques n’ont pas trop su comment aborder cet ouvrage d’envergure symphonique, qui débute par une longue cadence d’allure improvisée. Tout au long du concerto, le soliste et l’orchestre s’affrontent au gré de formidables dialogues qui font écho à la campagne napoléonienne de 1809 contre l’Autriche.