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Chef d'orchestre

7 oct. '20

Concert
7 oct. '20

Vladimir Jurowski

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Programme

Anton Webern est entré dans l'histoire de la musique comme un maître de la petite forme qui n'a écrit qu'une poignée d'œuvres orchestrales. En 1908, après avoir terminé ses études de composition auprès d’Arnold Schönberg, il a révélé au public sa Passacaille op. 1. Il s’agit d’une œuvre-charnière dans le meilleur sens du terme, à la fois rétrospective et prospective. Si cet opus 1 n’avait été qu’un «projet de fin d’apprentissage», on aurait pu s'attendre à ce qu’elle soit en lien avec l’univers sonore du romantisme tardif. Au lieu de cela, Webern a choisi la forme stricte de la passacaille baroque: des variations sur un thème bref, exposé en premier lieu par la basse. Parmi ses modèles historiques figurent des compositeurs tels que Frescobaldi, Purcell et Bach, mais aussi Brahms (Finale de la Quatrième Symphonie). Webern s’était en outre livré à une étude intensive de la musique d'Heinrich Isaac au cours des années précédentes. Le thème de sa Passacaille est d’abord présenté par les cordes. Il se compose de huit notes qui peuvent être assignées à la tonalité de ré mineur. Les 23 variations qui suivent ont pour but de renforcer le contenu émotionnel de cette matière première. Le thème lui-même se retire derrière un réseau d’ornementations et de contrechants. La densité émotionnelle des dernières variations et la conclusion en déclin suggèrent cependant que cette musique n'est pas seulement une preuve de savoir-faire. Cette Passacaille a bien plutôt permis à Webern d’affronter un coup du sort personnel, soit la mort de sa mère, survenue en 1906.
Manon Gropius était la fille qu'Alma Mahler a eue durant son union avec l'architecte Walter Gropius. De nombreux intellectuels ont été séduits par le charisme de cette jeune femme, que l'écrivain Elias Canetti appelait «une gazelle angélique venue du ciel». Le décès de Manon, emportée par polio à l'âge de 18 ans, a causé un choc à Vienne. Son beau-père Franz Werfel a évoqué sa mémoire dans deux histoires, alors qu’Alban Berg lui a dédié son concerto pour violon. Cette œuvre répondait à une commande de Louis Krasner. Lorsque Berg a été sollicité par le violoniste américain en février 1935, il était encore accaparé par l'opéra «Lulu», mais se sentait financièrement mis sous pression par la prise de pouvoir des nationaux-socialistes. Berg s'est donc immédiatement attaqué à cette «corvée». Dès l’annonce de la mort de Manon, au mois d’avril, le concerto a pris forme en tant que musique de mémoire, un requiem instrumental.
Les deux volets de l'œuvre correspondent à la vie de la jeune fille et à l'au-delà: la première partie tente de saisir les caractéristiques de la défunte, alors que la deuxième est consacrée à son héritage. Le concerto repose sur une série de douze notes qui contient non seulement des accords majeurs et mineurs, mais aussi les débuts d'une chanson folklorique de Carinthie et d'un choral de Bach. Berg a ainsi combiné la méthode de composition avant-gardiste apprise auprès de Schönberg avec des éléments traditionnels. Ce Concerto pour violon est tragiquement devenu le propre Requiem de Berg: au cours de son travail, le compositeur a développé une infection suite à une piqûre de moustique et est mort de septicémie à la fin de l’année 1935.
Avec sa Troisième Symphonie, Ludwig van Beethoven a ouvert une nouvelle voie en matière de composition. Non seulement la pièce est-elle considérablement plus longue que les plus longues symphonies de Haydn et de Mozart, mais ses conflits intérieurs sont bien plus profonds que tout ce qui a précédé - plus précisément: au-delà des limites des mouvements. La série d’éclats massifs de l’orchestre qui concluent le dramatique premier mouvement traduisent bien plutôt une reprise de souffle qu’une fin. Les conflits de base ne sont pas résolus, le développement continue au gré de la marche funèbre (deuxième mouvement), l’élan du Scherzo et l'ivresse dansante du Finale. Ce n’est qu’alors que le but est atteint. La Symphonie en mi bémol majeur est donc plus qu'une simple suite de quatre mouvements différents. L’ouvrage est basé sur une idée supérieure, un programme. Et ce programme – autre innovation beethovénienne – est porté par les circonstances de l'époque et l'espoir d'un avenir meilleur, souhait qui prévalait depuis la Révolution française. La symphonie «Eroica » traduit cet espoir en musique. Beethoven pensait avoir trouvé en Napoléon Bonaparte un porteur d'espoir approprié. Il s'est toutefois avéré que ce dernier était corruptible que d'autres, raison pour laquelle le compositeur a retiré la dédicace prévue. Un tel chef-d'œuvre peut-il être modifié? Gustav Mahler l'a fait, en tenant compte des progrès notables en matière de technique et de facture instrumentale qui avaient été réalisés entre-temps. Ses interventions dans le texte musical se sont limitées en grande partie à l'instrumentation. L’intention de Mahler n’était donc pas d’améliorer Beethoven, mais de l’aider à réaliser ses intentions.

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Biographie

Lors de l’annonce de la nomination de Kirill Petrenko à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Berlin, la question de sa succession à l'Opéra d'État de Bavière à Munich a suscité un vif intérêt. La décision est tombée en 2018 en faveur de Vladimir Jurowski. Pour les initiés, ce choix n’était guère une surprise. Né à Moscou en 1972, Jurowski s’était déjà produit à plusieurs reprises à l'Opéra de Munich où il a su créer des «moments magiques» au dire du critique de la Radio bavaroise Bernhard Neuhoff. Jurowski a apporté son expérience acquise non seulement sur les plus grandes scènes lyriques mondiales, de Londres à New York en passant par Paris, Venise, Berlin, mais aussi au poste de chef attitré de l'Orchestre Philharmonique de Londres et comme directeur artistique du Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin. Comme Artiste principal de l'Orchestra of the Age of Enlightenment, il a étudié en profondeur la pratique de l'interprétation historique. En 2018, il a été récompensé du International Award avec son futur employeur, l'Opéra d'État de Bavière.

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